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La Porte Dorée portait bien son nom…

Deutsche Übersetzung

Tant le soleil s’est invité à cet atelier de printemps 2026 ! Il s’est déroulé du 8 au 10 avril entre le Campus Condorcet à Aubervilliers, le site de l’EHESS boulevard Raspail et le palais de la Porte Dorée. Dans la bonne humeur et le plaisir d’être réuni, le groupe a évolué entre les deux sites de l’EHESS Paris qui incarnaient cette année encore le quotidien des étudiant.es. Au fil des jours, masterant.es et doctorant·es ont ainsi circulé entre ces espaces, passant des salles de séminaire aux cafés d’accueil, des temps formels de discussion scientifique aux moments plus relâchés de sociabilité.

De Bagdad aux « usurpateurs »

La première après-midi, le mercredi 8 avril, s’ouvre au Campus Condorcet avec la présentation de Frieder Göhlich (M1). En s’intéressant aux ingénieurs allemand du chemin de fer de Bagdad au début du XXe siècle, il interroge la place de ces acteurs techniques dans les logiques impériales, en montrant comment les chantiers ferroviaires se situent à la croisée de deux impérialismes ottoman et allemand et de relations sociales plus ambivalentes sur le terrain. Julia Späth (M1) reprend le fil de l’histoire impériale en l’inscrivant dans un autre contexte : celui de la Wehrmacht en France pendant la Seconde Guerre mondiale. En se concentrant sur la figure de la « Nachrichtenhelferin » Gertrud Woltmann, elle explore les marges de manœuvre et les espaces de mobilité des femmes au sein de l’armée allemande, proposant une histoire fine des pratiques et des expériences féminines dans un appareil militaire largement pensé comme masculin. Avec Mattis Oelrich (M1), le groupe se déplace ensuite vers la fin du XIXe siècle et un autre type de mobilisation politique. Sa présentation sur les femmes et le boulangisme met en lumière les engagements et oppositions féminins autour d’un mouvement souvent décrit à travers ses leaders masculins et ses conflits parlementaires. Henrike Scharff (D2) clôt la journée en poussant le regard vers l’entre-deux-guerres et en choisissant un terrain plus inattendu, celui de la « Hochstapelei » sous la République de Weimar entre 1918 et 1933. En examinant des cas où la fraude, la simulation ou l’usurpation brouillent les frontières entre légitimité sociale et marginalité, sa contribution interroge la manière dont ces figures d’imposteurs perturbent les normes de la société de l’époque, en révélant la construction des dispositifs de contrôle et de reconnaissance.

Ensemble du petit-déjeuner au dîner

La journée du jeudi 9 avril se déroule à l’EHESS, boulevard Raspail, et s’ouvre sur un petit-déjeuner. Les deux directeurs de la mention Histoire de l’EHESS, Lise Saussus et Vincent Azoulay ne sont pas venus que pour les croissants et les pains au chocolat. Ils rencontrent les représentant.es allemand.es du programme afin de signifier l’attachement de l’école à ce cursus. Les hostilités savantes s’ouvrent ensuite par une plongée dans la Bourgogne du XVe siècle avec la communication de Marcel Dubs (M1). À travers l’étude de la violence et des crimes contre les non-combattants à l’époque dite d’Écorcherie (1435-1444), il interroge la texture concrète des guerres de la fin du Moyen Âge, en s’intéressant aux formes de prédations guerrières et aux dénonciations de ces violences. Son travail met en scène une histoire des conflits où la description des exactions s’insère dans un système complexe de concurrence et de revendications entre France et Bourgogne. 

Avec Anna Scherer (D4), la réunion se déplace vers le XVIIIe siècle et vers l’espace des cours européennes. Sa présentation sur « Vive le cadet ! » s’attache à l’importance des objets dans le statut de Xavier de Saxe (1747–1802), en proposant une réflexion sur la matérialité des distinctions et des hiérarchies au sein des dynasties aristocratiques européennes. En suivant ce « cadet » à travers les choses qui l’entourent – insignes, présents, mobiliers, vêtements – elle montre comment la circulation et la mise en scène des objets participent à la construction d’un rang et d’une identité au sein de l’univers princier.

La matinée se poursuit avec Nadine Rüdiger (D1), qui élargit le cadre en s’intéressant à « la société des princesses », aux interactions transdynastiques et à l’agentivité des femmes de haut rang dans l’Europe de l’Ancien Régime. En observant les réseaux, les échanges et les initiatives d’un large corpus de princesses au-delà des frontières étatiques, son travail restitue une géographie relationnelle de l’Europe aristocratique, où ces actrices jouent un rôle décisif dans la circulation des informations, des modèles politiques, des formes de patronage et de sociabilité.

Cette session printanière est aussi l’occasion d’accueillir pour la première fois à Paris Silke Mende, appelée à prendre la suite, à terme, de Thomas Maissen. Sa participation donne une tonalité particulière à l’atelier, en articulant continuité et transition, et en ouvrant une nouvelle séquence pour le partenariat franco-allemand et pour les échanges scientifiques entre Heidelberg et Paris. 

L’après-midi du jeudi est entièrement consacrée à l’excursion « Histoire et mémoires du Paris colonial » au Palais de la Porte Dorée et dans ses environs. La première partie de la visite guidée, revient sur le contexte de l’Exposition coloniale de 1931, sur le bâtiment comme vitrine de l’Empire et sur son insertion dans un ensemble plus vaste relié au bois de Vincennes où se déployaient les différentes sections de l’événement. En parcourant les espaces intérieurs, les participant·es découvrent notamment une salle ornée de grandes fresques mettant en scène l’Empire, ses productions économiques et les imaginaires de la « mission civilisatrice ». Autant de dispositifs visuels qui rendent sensibles les logiques de mise en spectacle du fait colonial.

Dans un second temps, la promenade guidée animée par Maël Foucault (Université d’Ottawa / EHESS) conduit le groupe hors du musée, sur les traces de l’histoire coloniale dans le 12e arrondissement et vers le bois de Vincennes. Le parcours fait apparaître une série de lieux et de marqueurs mémoriels – l’immense plaque mémorielle consacrée aux « grands » colons français, la pagode bouddhiste de Paris qui fut autrefois le pavillon du Togo dans l’Exposition coloniale, le foyer des étudiants africains à Paris et le monument à l’expédition Marchand – qui invitent à saisir la persistance, les déplacements et les relectures contemporaines de cette histoire dans l’espace public parisien. Ce travail in situ sur les mémoires coloniales complète les discussions de l’atelier en ouvrant une réflexion sur les politiques de mémoire, les tensions et les silences autour du passé impérial.

Rien ne saurait néanmoins entamer la dimension conviviale de l’atelier ni l’appétit des participant.es. Le soir, un dîner commun au restaurant italien Villa Medici da Napoli vient requinquer tout le groupe après sa longue marche dans le bois de Vincennes. L’humeur est au beau fixe. Encadrant.es et participant.es échangent en français et en allemand dans l’esprit amical et fraternel du programme. 

Troisième jour et fin d’atelier

La dernière journée, le vendredi 10 avril, ramène le groupe au Campus Condorcet pour une matinée centrée sur les travaux d’Anna-Leah Gebühr (M1) et de Carolin Bertsch (M1). Avec Anna-Leah Gebühr, l’atelier se penche sur les politiques d’aide aux réfugiés dans l’entre-deux-guerres, à travers la Société des Nations et la question de son financement philanthropique entre 1921 et 1938. Sa présentation articule histoire institutionnelle et histoire sociale des réfugiés, en montrant comment les dispositifs financiers, les arbitrages budgétaires et les contraintes économiques pèsent sur les modalités d’assistance.

Carolin Bertsch clôt la série de communications en proposant une analyse comparative des perceptions du nazisme dans la presse francophone entre 1930 et 1936. Par un traitement lexicographique d’un vaste corpus français, belge et suisse de titres de presse, elle interroge la manière dont le national-socialisme est perçu, décrit et interprété au moment où il s’impose en Allemagne, révélant autant les cadrages, les cécités que les alertes formulées dans les discours journalistiques. Sa contribution permet ainsi de déplacer la focale du « nazisme vu d’Allemagne » vers un regard francophone pluriel, qui donne à voir la variété des grilles de lecture des opinions publiques de l’époque.

L’atelier se termine par une session de feedback collective, dédiée aux échanges sur le fonctionnement du programme, aux points d’amélioration et aux perspectives de travail pour les mois à venir. En combinant une grande diversité de périodes (du Moyen Âge à l’entre-deux-guerres), de terrains (de la Bourgogne à l’Empire Ottoman, des cours européennes aux réseaux transnationaux de réfugiés) et d’approches (histoire sociale, du genre, microhistoire, histoire politique, culturelle ou mémorielle…), cette session 2026 confirme la force et la vitalité du programme. Dans le cadre exigeant et chaleureux des deux institutions, les étudiant.es le font vivre et leurs recherches très différentes dialoguent et se nourrissent mutuellement dans un espace franco-allemand durablement installé entre Heidelberg et Paris.